Via Vice
Alaa Ettaouth
Staff Writer
Depuis le début du mois, en l’honneur du 8 mars, journée internationale des droits de la femme, j’ai eu l’immense privilège de pouvoir échanger sur mon experience de jeune femme et de m’enrichir de celles des autres, avec la certitude qu’elle ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd.
Ce que j’en retiens principalement, c’est que dès notre plus jeune âge, nous sommes exposées aux déboires du patriarcat, que ce soit par la manière dont on nous décrit, dont on nous catégorise et dont on nous perçoit dans notre humanité. Il nous est dit que nous sommes naturellement plus émotionnelles, moins fortes et, surtout, moins aptes à contribuer à la société que les hommes.
Mon féminisme à moi m’accompagne depuis toute petite et a grandi avec moi. Il a choisi graduellement de rejeter ce qui nous est présenté comme une vérité factuelle et d’écrire son propre livre.
Mon féminisme à moi ne tombe pas dans ce piège de l’exclusion. Au contraire, il change le disque que le patriarcat persiste àjouer, celui qui dit que le féminisme constitue un crime contre l’homme. Il reconnaît que le patriarcat ne bénéficie personne et que les hommes en souffrent aussi. Il admet quec celui-ci les rend moins humains et confinés à une case dénudée de toutes émotions. Mon féminisme à moi reconnaît que les hommes peuvent être nos alliés et que pour mener à terme ce combat, la collaboration de tous et de toutes est nécessaire. Les paroles de Thomas Sankara, ancien premier ministre révolutionnaire du Burkina Faso, marquent cette nouvelle ère : « Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. »
Mon féminisme à moi ne peut pas se permettre d’être irrationnel. Il reconnaît être une réponse à tout un système économique, politique et social contraignant, et pas seulement l’idéologie de la supériorité d’un genre. Il use principalement de l’éducation comme arme face à l’oppression, mais également en guise de sensibilisation. Il défie les stéréotypes, favorise l’autonomie des filles et brise le cercle vicieux de l’ignorance qui laisse place à l’abus. Mon féminisme à moi est instruit. Il se bat contre le recul intellectuel et sociétaire : il combat les dirigeants qui menace le droit à l’avortement ou ceux qui pensent que la femme n’a de place qu’en cuisine.
Mon féminisme à moi ne se voile pas la face sur ses propres défauts. Il reconnaît la récupération politique qui en découle. En France, des femmes dont le seul crime est de croire, sont dépouillées de leurs libertés, celles-ci étant remises entre les mains de l’État. Le gouvernement en profite pour instaurer un climat de méfiance toxique qui nous pousse à nous pointer du doigt les uns les autres au lieu de critiquer l’autorité. La population écope. Ces femmes, qui n’ont plus le droit de guérir ou d’enseigner et dont l’accoutrement de soignante ou d’enseignante est examiné à la loupe, ne guérissent plus et n’enseignent plus. Mon féminisme à moi reconnaît que cette haine voyage et qu’elle a déposé ses valises ici, au Québec, et que bientôt, des Québécoises ne pourront plus exercer ni même bénéificier de leur droit inné d’apprendre et d’éduquer.
Mon féminisme à moi ne pretend pas détenir la recette secrète. Il se nourrit de la littérature que je consomme, de la ferme conviction de ne pas détenir la vérité absolue et il me pousse à tout mettre en perspective. Mon féminisme à moi évolue avec le temps qui commence à manquer. Il se délaisse des débats incessants sur la place de la femme blanche riche dans des sphères à jamais inatteignables par vous et moi. Il s’ouvre à nous et à toutes celles un peu plus loin de nous qui se soucient plutôt des bombes et des conflits armés que de ces questions.
Qu’elles viennent du Soudan, de la Palestine ou de l’Afghanistan, mon féminisme à moi ne les oublie pas. Il ne ferme pas les yeux sur les violences basées sur le genre et les abus sexuels dont elles sont victimes. Il dénonce les violes atroces des miliciens sur les Soudanaises, la déshumanisation et la torture des Palestiniennes et les persécutions et l’emprisonnement identitaire des Afghanes. Lorsque leurs voix ne peuvent dépasser leurs frontières, mon féminisme à moi agit comme un mégaphone, impossible à ignorer.
Mon féminisme à moi dérange. Il bouge, pousse et change les normes instaurées par ceux qui en bénéficient le plus. Il ignore ceux qui revendiquent que la cause est perdue et il continue de sortir dans les rues.
Aucune avancée dans n’importe quelle sphère de la société n’a été accomplie sans que cela ait été inconfortable ou difficile.
Que se soit par Flora Tristan durant la révolution industrielle qui connectera la misère de la société à la misère des femmes, par Kimberlé Crenshaw qui mettra sur papier son idée de l’intersectonalité ou par Fatima Mernissi qui défie cette pensée que la religion est misogyne en attribuant ce sexisme aux élites masculines, notre féminisme à nous existe depuis des siècles et il ne cessera jamais de croître.
“Mon féminisme à moi nous appartient à tous.”



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