L’islamophobie au Québec: une crise?

Photo: Samir Ben

Atika Ume Fazal

News Editor

La société québécoise est fière de ce qu’elle est. Une place où deux systèmes de loi différents te protègent, où les droits de l’homme sont respectés, où chacun a la liberté d’exprimer sa personne dans la société.

En ayant cela en tête, l’hésitation des chefs de partis à répondre à la question du port du voile en public, dans des restaurants ou des parcs par exemple, a fait réagir. Ces derniers ont dû prendre position, pour ou contre, sur certains sujets sur l’émission Tout le monde en parle.

L’animateur, Guy Lepage, pose la question qui a semé beaucoup de confusion. En effet, seule Ruba Ghazal, Co-porte-parole de Québec Solidaire, a répondu qu’elle était pour le port de ce symbole religieux dans l’espace public sans aucune hésitation. Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, d’autre part, a carrément refusé de répondre à la question.

Deux semaines plus tard, c’est ce même parti qui prend le pouvoir.

Les opinions floues des membres de l’assemblée générale, à l’egard des droits de communautés musulmanes, ne s’arrêtent toutefois pas là.

Valerie Assouline, députée du Parti Liberal du Quebec à Saint-Laurent, a fait face à des critiques dûes à ses commentaires à caractères islamophobes. En 2017, cette dernière publie un message fort contre une prière de rue se produisant au Parc Safari, allant jusqu’à affirmer qu’elle allait boycotter le parc pour cela. Assouline s’excusera plus tard pour ses commentaires à travers le journal The Rover.

Cependant, le fait qu’une députée qui est censée représenter Saint-Laurent, un quartier énormément diversifié, ait des opinions de même a fortement fait réagir. En effet, en 2021, plus de 50% de la population de cette circonscription font partie de minorités visibles, tandis que presque le quart sont musulmans.

Oussama Chobah, un résident de Saint-Laurent en parle à The Rover: « C’était un peu bizarre. On s’est tous demandé ‘Pourquoi le Parti Liberal du Quebec mettrait une personne si ouvertement islamophobe dans une circonscription avec autant de voteurs Musulmans?’»

Ces types de commentaires, aspirant à réduire la liberté d’expression de la foi musulmane, se retrouvent de plus en plus commun partout dans les médias. Un sondage du Journal de Québec démontre que près de 54% de leur échantillon serait d’accord avec une loi québécoise qui interdit les prières de rue, comme la loi 9 a pu le faire par la suite.

“Il est important de noter que ces discours ne restent pas rhétoriques: des personnes de la communauté en vivent les conséquences tous les jours.”

Des regards, des gestes, des insultes, et plusieurs autres formes d’intimidation sont de plus en plus communs dans la vie des musulmans. Statistique Canada affirme même que les crimes haineux déclarés à la police à travers le pays ont augmenté de 169% de 2018 à 2024. Pour les incidents reliés à l’islamophobie pendant cette période, le nombre a presque triplé, allant de 84 à 229. Pour un pays ou seulement ~5% de la population est musulmane, ce nombre est énorme.

Encore plus, les discours haineux sont plus susceptibles de se produire dans des endroits publics, c’est-à-dire transports en commun, rues et institutions publiques. The Plant en a parlé à une jeune issue de la communauté:

« Il y avait un bout, [quand je portais le Hijab], ou j’avais peur de quitter la maison parce que je me sentais jugée tout le temps. »

Elle ajoute: « Tout le temps, je me faisais dévisager négativement. »

Lorsque même la Commission canadienne des droits de la personne appelle « l’ensemble de la population canadienne à faire front commun […] pour lutter contre l’islamophobie », il devient vite évident que ce n’est point un problème personnel: il y a un système entier de discrimination présent.

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