Via Pinterest
By Alaa Ettaouth
Voices Editor
En septembre 2026, une histoire de viol collectif qui aurait eu lieu sur le campus de l’Université américaine Cornell en 2024 a fait surface. La plaignante et ancienne étudiante de l’institution Jane Doe (nom d’emprunt) a intenté une poursuite au civil contre entre autres l’université, la fraternité Chi Phi et sept de ses membres.
Le caractère violent de l’affaire a rapidement déclenché un tollé sur les réseaux sociaux. Des comptes Instagram et TikTok ont commencé à relayer les événements en détail : les messages dégradants qui auraient été partagés sur le groupe Snapchat de la fraternité invitaient quiconque à se joindre à eux pour profiter sexuellement de Jane Doe, complètement intoxiquée. Ces échanges ont attisé une colère nationale, qui s’est propagée à l’internationale.
Cependant, ce qui a réellement enragé l’opinion publique, c’est la légèreté des sanctions imposées par l’université Cornell envers les accusés: seuls deux d’entre eux ont été renvoyés, d’autres ont été suspendus et ont dû réfléchir à leur actions en écrivant une vulgaire dissertation.
Jane Doe avait pourtant porté plainte contre l’université trois semaines après l’événement survenu en 2024 à son université et son traumatisme a été balayé d’un revers de main, le procureur de l’État de New York Matthew Van Houten refusant de présenter l’affaire à un grand jury.
Aujourd’hui, son affaire a dû être étalée sur la place publique afin que notre société daigne enfin s’indigner. Qu’est-ce que cela nous prendra en tant que société pour mettre fin à l’abus sexuel, mental et physique des femmes?
Après l’éclatement de l’affaire dites des « Cornell Seven » mon fil Instagram a été rempli de la même publication partagée en boucle qui affirmait que c’était inhumain pour une femme de subir un viol collectif durant sept heures. Une affirmation qui, du moins je l’espère, ne suscite pas de débat quant à sa véracité.
C’est justement une partie du problème: affirmer l’évidence ne touchera jamais le fond du problème, cela ne contribue qu’à la survie du récit dans les sphères d’opinion publique, jusqu’à tant qu’une autre histoire encore plus virulente ou choquante ne vienne lui voler la vedette.
L’activisme numérique peut paraître comme l’option la plus accessible pour exprimer notre désaccord, notre frustration sociale ou même notre appui envers une cause et elle est efficace. En revanche, elle a ses limites.Il est facile de se prétendre justicier l’instant d’un repost, d’un like ou d’une story éphémère, mais c’est un travail bien plus exigeant de se battre tous les jours contre la culture du viol et les violences sexuelles parce que cette tâche demande de la consistance.
Le combat ne s’arrête pas à ce qu’on le clame, mais il débute par les actions que nous posons pour réellement perturber le statu-quo.
La lutte contre les violences sexuelles ne peut pas se résumer aux cas les plus choquants et violents ou ceux qui donnent le plus de « matière à débat ». Je refuse de croire qu’il est nécessaire pour la femme d’être violentée, déshumanisée ou de subir les pires attrocités pour enfin éveiller les masses et faire avancer la cause.
Quand est-ce que nous n’aurons plus besoin d’un motif précis, d’une affaire d’une telle brutalité et d’un tel graphisme pour se révolter contre cette culture du viol qui prend essence dans notre silence et notre inaction?
La violence faite au femme n’est pas lointaine et unique aux grands cas médiatisés. Elle continuera de subsister tant et aussi longtemps que l’attention que la société lui portera sera sélective.
En tant que femme, cette violence ne m’est pas nouvelle. Elle a une forme définie, une forme dont je connais chaque recoin car j’y ai vécu de près ou de loin. Parfois, elle se présente comme un commentaire, une moquerie ou un rire approbateur. Quelques fois, elle est physique et viole profondément l’intimité d’une âme.
La culture du viol persiste parce qu’elle a des pilliers. Elle demeure parce qu’il est devenu acceptable d’objectifier le corps des femmes, de les fétichiser ou de leur accorder une valeur moindre parce que’elles sont femmes.
Elle se permet de monter d’un cran, de suivre les femmes dans la rue ou de partager une photo intime sans consentement. Elle étire les barrières de l’acceptable si bien que l’agression sexuelle en devient une suite «logique» allant même jusqu’à laisser place aux féminicides.
Écouter les vécus de vos mères, de vos sœurs et de vos amies, cela n’a jamais été assez.
Contrer la culture du viol c’est interpeler votre ami qui se permet un commentaire misogyne. C’est, au-delà de croire les femmes lorsqu’elle dénonce une agression, leur donner un soutien indéfectible lorsqu’elles seront heurtées au dur jugement sur la légitimité de leur traumatisme.
Contrer la culture du viol c’est passer au travers du malaise que cela crée de bousculer l’ordre établi pour maintenir le bien commun.
Je ne veux pas avoir à accepter que j’ai besoin d’être autre qu’une simple femme, qu’un être humain pour que l’on considère mes revendications et que l’on se batte pour toutes celles qui subissent les dérives du système patriarchal.
Nous devrions qu’avoir à être femmes, et c’est tout.



Leave a Reply